Et si acheter un parfum pouvait contribuer à réduire jusqu’à 95 % des émissions de gaz à effet de serre liées à la production de nouveaux produits ?

C’est l’idée audacieuse portée par Parfum d’Éthique, une jeune entreprise engagée dans l’économie circulaire de la parfumerie, installée à Sophia Antipolis.

Son ambition : redonner du sens à la consommation du parfum en luttant contre une réalité peu connue du grand public : la destruction de produits invendus ou légèrement imparfaits.

Quand une conviction devient un projet entrepreneurial

Derrière Parfum d’Éthique se cache une conviction forte : il est possible de consommer autrement, sans sacrifier la qualité.

L’entreprise s’est donnée une mission claire : mettre fin à la destruction de produits encore parfaitement utilisables, souvent incinérés ou détruits simplement parce que leur packaging présente une légère imperfection ou parce qu’ils n’ont pas trouvé leur place sur le marché.

Plutôt que de produire toujours plus, Parfum d’Éthique propose une alternative : revaloriser l’existant.

Valoriser les trésors invisibles de la parfumerie grassoise

Installée depuis septembre 2025 à l’incubateur les déCCIdeuses, l’entreprise rachète et valorise des stocks dormants issus de la parfumerie locale.

Ces produits flacons de parfum ou bougies sont conçus à Grasse, capitale mondiale du parfum, mais n’ont pas été commercialisés en raison de petits défauts esthétiques ou d’invendus.

Grâce à ce modèle, des produits de grande qualité trouvent une seconde vie tout en évitant le gaspillage.

Depuis le lancement de l’entreprise, plus de 500 produits ont déjà été revalorisés, et cinq marques de niche partenaires ont rejoint l’aventure.

La fondatrice Sandra Le Jan, ancienne responsable RH et professeure à l’EDHEC, a transformé ses valeurs autour de la consommation responsable en entreprise: 

Comment Parfum d’Éthique est-elle née ?

Le projet d’Economie Circulaire Parfum d’Ethique est né d’un double sentiment. D’une part d’une douce colère grandissante contre la consommation de masse, la fast fashion, la fast déco …et d’autre part d’un désir de limiter la destruction de produits invendus. Je m’intéresse à la mode responsable depuis plus de 10 ans. Depuis 2020 au secteur de la parfumerie au départ c’était pour ma curiosité, cette quête de découvrir ces beaux parfums de niche conçus durablement à Grasse et avec de beaux matériaux.

Quelle a été l’étincelle qui a donné vie à ce projet ?

Professeure depuis plus de 15 ans à l’EDHEC Nice en programme Bachelor, une de mes anciennes étudiantes, passionnée d’innovation, (ex-Entrepreneure à 20 ans !). Candice Buchère est intervenue en conférence dans mon cours d’Entrepreneurship, sur une problématique de stocks dormants dans le luxe (ces merveilles de stocks de cuirs, de tissus haut de gamme). Je lui ai dit que je voulais répondre à cette problématique dans le secteur des parfums. L’étincelle c’est cette jeune femme Candice qui l’a allumée alors qu’elle était en cours avec moi juste quelques années auparavant. Après cet échange en automne l’idée ne m’a plus quittée, c’était sans compter que Candice me relance souvent sur ce sujet !

Le déclic de passer de l’intention à l’action s’est fait à la Villa Rose, à Grasse. Je visitais le domaine de fleurs à parfums en mars avec l’association Nouv’Elles, j’ai rencontré dans ce lieu inspirant et enchanteur , Cécile Stokes , formidable Consultante Marketing, qui a cru depuis le départ à l’idée.

Pour structurer l’ensemble du projet, je tenais à intégrer un incubateur de Sophia Antipolis. Le pitch à été concluant aux déCCIdeuses, l’incubateur développé par la CCI Cote d’Azur.

Avez-vous rencontré des difficultés pour trouver vos partenaires et fournisseurs ?

Non, vraiment aucun problème de sourcing pour le canal B to C des parfums corporels. Pourtant c’était un point de vigilance dans mon business model à la base, je l’avais clairement en tête, il était nécessaire de fidéliser mes fournisseurs et avec ce soin permanent de sélectionner les produits légèrement imparfaits en maintenant tous les critères de qualité.

La première Edition de la Grasse Perfume Week a été un formidable évènement pour rencontrer les marques de niche. Avec Cécile nous avons fait la connaissance de Camille Le Feuvre, fondatrice de pH Fragrances. Puis d’autres marques ont suivi Aemium, Néa Grasse. Depuis janvier 2026, pour le B to B je négocie avec le leader grassois de la bougie et des parfums d’ambiance, l’entreprise a décidé aussi de ne pas détruire ces stocks dormants.

Quels sont vos critères pour sélectionner vos partenaires et garantir la qualité des produits ?

Je sélectionne les marques de parfum qui ont une grande exigence dans la composition de leurs produits et qui produisent localement à Grasse. Je n’accepte que des légers défauts sur le packaging primaire ou secondaire. Pour les invendus, je vérifie la modernité olfactive et le réglementaire (qualité du produit et conformité (étiquetage, réglementation DLUO).

Pourquoi ces produits étaient-ils invendus ou destinés à être détruits ?

Chaque année, des millions de flacons de parfum sont détruits : pour des raisons de réglementation, de surstock, de défauts mineurs ou de changement de collection. En 2022, c’est un chiffre record d’environ 30% d’invendus de luxe (dont les parfums) détruits (source ADEME). La loi anti-gaspi (AGEC) est un véritable levier de prise de conscience et aussi pour faire changer les pratiques dans le secteur. La destruction sécurisée a donc un coût environnemental évident et financier élevé pour les marques, je l’estime à 0,50€ et 2€ par flacon (incinération, traitement des déchets dangereux).

Quel impact réel pensez-vous avoir sur l’univers de la parfumerie et la consommation responsable ?

Avec l’achat d’un flacon revalorisé par Parfum d’Ethique ce sont 95% de réduction d’émissions de gaz à effet de serre réalisés, très peu de transport et pour le porte-monnaie un parfum très qualitatif, bien conçu, à 50% de réduction par rapport à sa valeur en boutique. Parfum d’Ethique fait découvrir aux clients des marques qualitatives et rend cette légère imperfection désirable !

Selon vous, quelle est la fonction ou l’importance du parfum dans nos vies ?

Les parfums sont la vie ! Exercer son odorat est fondamental pour le cerveau et le moral ! Se parfumer c’est prendre soin de terminer sa tenue, c’est un art de vivre. C’est aussi l’occasion de s’émouvoir de tant de beautés, de complexité ou parfois de simplicité réconfortante, c’est parfois être transporté-e dans nos souvenirs. Se parfumer : c’est séduire délicatement et être séduit par ces histoires familiales, ces créations variées au niveau des notes, des formats, des flacons !

Quels sont vos projets ou ambitions pour 2026 ?

L’identité visuelle a pris forme grâce à une autre consultante free-lance Justine Sarrey, elle aussi ancienne étudiante ! C’est maintenant tout l’enjeu du développement du site internet et des réseaux sociaux ! Depuis début 2026, nous travaillons sur le lancement du canal B to B en marque blanche avec les parfums d’ambiance pour les espaces de co-working, les gites et chambres d’hôtes et tous les lieux qui souhaitent accueillir les visiteurs avec une signature olfactive durable et qualitative Made in France. Bien entendu je compte bien maintenir les ventes privilèges B to C pour les salariés en entreprises lors d’évènements saisonniers, avec nos marques de niche partenaires depuis le début et multiplier les réunions chez les particuliers aussi grâce à un réseau d’ambassadrices et d’ambassadeurs !

Etant franco-italienne, une fois le business model validé, j’ai en tête de développer le marché italien qui possède de belles créations, des marques de niche aussi, ce sont mes origines et les préoccupations environnementales n’ont pas de frontières.

Merci Ophélie c’est un plaisir de collaborer en tant que partenaire avec Sundesk pour mettre en lumière nos valeurs d’alignement responsable. Pour la Professeure que je suis, c’est une émotion de te retrouver professionnelle épanouie dans ton métier quelques années après ton diplôme et de partager cet impact avec toi et les équipes présentes chez Sundesk.

Une nouvelle façon de consommer le parfum

Avec son modèle B to C basé sur des ventes exclusives, Parfum d’Éthique s’adresse à une nouvelle génération de consommateurs : des personnes sensibles aux enjeux environnementaux et désireuses d’adopter une consommation plus responsable.

L’idée est simple : rendre désirable la légère imperfection.

Car derrière chaque produit se cache le même niveau de qualité, la même expertise et le même savoir-faire que dans la parfumerie traditionnelle.

Une mission collective

Plus qu’une simple entreprise, Parfum d’Éthique souhaite créer une communauté de “consommacteurs”, convaincus qu’une autre manière de consommer est possible.

Des ateliers thématiques sont ainsi organisés pour sensibiliser le public aux enjeux de l’économie circulaire et encourager chacun à participer à cette mission d’impact.

Nous avons d’ailleurs organisé plusieurs ateliers olfactifs dans les différents centres Sundesk à Nice et à Sophia Antipolis. Une véritable immersion sensorielle à travers des senteurs, des souvenirs et des émotions partagés. Nos membres ont beaucoup apprécié ce moment à la fois pédagogique et dépaysant. Une belle occasion, aussi, de découvrir une nouvelle manière de consommer.

Car finalement, la beauté la plus durable est peut-être celle qui apprend à valoriser l’imperfection.

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